Initiation

J’ai toujours supposé que les personnes que je rencontrais et rencontrerai m’apprendraient à vivre comme cela se passe dans les romans initiatiques qui cependant me laissaient fort sceptique tant ceux du XIIe siècle que du XXe.

Si initiation il y eut, elle concernait de petites choses, sans doute/peut-être, essentielles, de celles qui apportent du plaisir ou du moins un certain bien être.

Ainsi adolescente, je découvrais auprès de telle ou tel la liberté de me nourrir à ma convenance, de dormir de même, de me déplacer selon ma fantaisie, sans contrainte, sans contrôle. En fait, il suffisait d’être jeune dans un pays développé, d’avoir quelques moyens directs ou indirects et, surtout, toute une vie devant soi.

Certaines de mes connaissances fréquentaient des écrivains, des hommes de théâtre, je partageais leur exaltation pour les arts et les artistes. Un nouveau venu aux gestes élégants et patients réglait méthodiquement un appareil photographique, touchait avec délicatesse et un peu de componction la vie. Tel autre jonglait avec les mots et les notes admirablement sous les lumières des théâtres ou des écrans donnant un sens épique à mon existence convenue. Son comparse achetait des confitures de luxe, des soupes dans les boites peintes par Andy Warhol. Il fréquentait des restaurants et des hôtels que je jugeais prestigieux, en fait tout juste moyens. J’entrevoyais là un mode de vie différent du mien, une autre forme d’existence qui me paraissait préférable mais qui se révéla délétère.

L’une de mes mentors de hasard me conseilla de rompre avec cette période prestigieuse mais douloureuse. Ce que je fis. Elle-même me repoussa alors que j’avais tant besoin de soutien et d’amitié. Initiation ? Est-ce que tous les amis qui se sont éloignés, l’ont fait pour mon bien, en dépit de ma tristesse et de leur éventuelle douleur ? Est-ce que tous ceux qui négligent de lire ces lignes…

Il y eut des partages avec celle qui apprivoisait le soleil et la mer, celle qui capturait les couleurs et les formes tout en prenant le temps de confectionner une boisson recherchée et de se relaxer, celle et celui qui luttaient pour plus de justice et d’autres croisés sur le tracé labyrinthique de mon existence.

J’écoutais, je regardais, je savourais, je souriais, je donnais. Parfois, j’étais bien. Je m’en souviens. Ce n’est pas rien.

Le plus souvent j’étais triste et solitaire, m’efforçant de m’initier moi-même à…  vivre, si possible intensément mais aussi légèrement. Seulement, au bout du compte, je ne suis pas sûre d’avoir fait les bonnes rencontres, je ne suis pas sûre d’avoir bien interprété les messages et je ne suis pas sûre, mais alors pas du tout, d’avoir vécu….

 

 

« Dix mots
Éloge du bref »