Un hommage mitigé

À son tour, il est mort. De quoi, je l’ignore. Du temps qui passe. Ses amis et relations expriment admiration et sentiments bienveillants à l’égard de ce journaliste.

À l’origine, j’étais bien disposée à son égard : articles intéressants, faconde et une certaine honnêteté puisqu’il reconnaissait que son poste à l’Université et son activité de journaliste de presse puis de radio tenaient essentiellement au fait qu’il était arrivé au bon moment.

Il affirmait que s’il écrivait un roman, un éditeur l’accepterait puisque journaliste. Il le fit et fut publié.

Je l’ai lu. Plutôt qu’un roman, il s’agit du récit biographique d’un jouisseur. Soit, ce n’est pas un crime !

Un jour, je lui ai téléphoné, peut-être pour lui demander un soutien ? Mon prénom et ma voix grave l’aiguillèrent sur une autre personne : l’erreur dissipée, je perçus sa déception.

Lors d’un concert en plein air, je le revois, allongé dans l’herbe, occupé à conter fleurette à une jolie fille brune en robe blanche : un dragueur beau parleur.

Ultérieurement, je le retrouvais installé en Normandie avec une Anglaise lui procurant un nouveau statut. Il se montrait satisfait de la vie et de lui-même. Bien entendu, ce n’est pas un crime.

Je le percevais comme assez machiste. Bien sûr, c’est à peine un crime.

Dans l’un de ses essais, il a menti sur sa présence lors d’une première rencontre entre deux artistes qu’il admirait. J’y étais : pas lui !

Je lui ai signalé son erreur. Il m’a répondu par un peut-être : c’est mieux que rien. Dans ce bouquin, il traite avec condescendance et mépris Verlaine. De quel droit ?

« Rien n’est meilleur à l’âme que de faire une âme moins triste ».

Sans doute que je lui en veux, sans doute que je ressens de l’envie, mais ce n’est pas un crime.

Perdu de vue depuis des années, sa mort ne me chagrine pas beaucoup, ce n’est pas un crime.

Ce qui me perturbe, c’est que la camarde se rapproche fâcheusement et ça, c’est un crime !