Pièges nocturnes

 

Je rentrais chez moi dans la nuit opaque d’un novembre chagrin.

La départementale étroite enchaînait les virages. Je roulais sans distinguer grand-chose lorsqu’un panneau jaune m’arrêta : Route barrée. Aucune indication de déviation. Faute de pouvoir exécuter un demi—tour à cet endroit, je continuai.

Plus loin, un feu alternatif m’ouvrit le passage, je poursuivis et rencontrai un nouveau panneau : Route barrée dans 2 km. Dans ce cas, pourquoi avoir installé un feu alternatif ? J’avançai.

Je franchis aisément la zone des travaux. Au-delà, je butai sur un rempart de séparateurs de voie rouges et blancs. Apercevant une ouverture sur le côté, je m’échappai et me retrouvai dans la bonne direction.

Celle-ci me conduisit vers un grand axe. Au stop, je laissai passer deux voitures. Une troisième se profilait au loin, je m’engageai estimant avoir le temps de m’insérer sans déranger. Adepte de l’excès de vitesse, elle m’arriva dessus en me mitraillant d’appels de phare.

Stressée par le manque de visibilité et les flashs, je ratai peu après  l’embranchement d’une départementale sur la gauche. Tant pis, je couperai au croisement suivant. Quelques kilomètres plus loin, je tournai et me trouvai face à des fourrés.

« Tu vas où toi là ? » gueula une voix brutale accompagnée d’aboiements de klaxon. Je redressai mon véhicule et regagnai ma voie avant qu’une voiture venant d’en face ne me pulvérise.

Malgré sa phrase bancale et son ton vulgaire, je remerciai mon ange gardien, déjà intervenu par le passé. Là-haut, aussi, les bénévoles doivent se raréfier.