Un univers impitoyable
(musique Ennio Morricone)
Nombre d’éditeurs du XXIe siècle exigent des auteurs qui souhaitent leur « soumettre » un roman de l’accompagner des pièces énumérées ci-dessous :
– une note d’intention
– un résumé succinct ou détaillé (selon les maisons) (maxi 400 caractères)
– un synopsis
– une biographie
– préciser ses réseaux ou autres moyens pour sa promotion…
– à quelles éditions le manuscrit a-t-il été « soumis » : refus ou attente ?
– joindre : l’incipit, ou quarante pages, ou la totalité… (ça dépend)
Perso, je m’ingéniais à gommer mon identité afin qu’ils ignorent mon genre et mon âge. De plus, je passais sous silence nombre de mes ouvrages redoutant qu’ils me nuisent en dépit de leurs qualités. J’entendais leurs remarques acides et doucereuses : inconnue, pas de prix prestigieux, plusieurs éditeurs microbus, rejetée par eux ou infidèle, etc. Et, je pensais, stupide créature, que le livre se suffirait à lui-même… C’est dire combien j’avais tout faux !
Refusant leurs exigences, la plupart de mes envois ont plongé, direct, dans la corbeille
Soumettre, soumission : obéissance, docilité, asservissement, subordination.
Il est recommandé de sélectionner la maison d’édition qui correspond à l’œuvre. Je lis beaucoup, je fais des fiches, je coche, je consulte et j’en conclus que la prétendue ligne directrice est inexistante ou biscornue. Lorsque je remarque une parenté avec l’un de leurs ouvrages et que je cible ladite maison, ils envoient l’habituelle rengaine : « Nous apprécions les qualités de votre livre, malheureusement il n’entre pas dans notre ligne éditoriale. »
Bref, mes romans s’inscrivent dans la « littérature blanche », une étiquette peu usitée qui s’oppose à la noire. Quant à l’expression « littérature de l’imaginaire », elle me laisse perplexe. Mes écrits puisent, forcément, dans l’imaginaire et le dernier plus encore, bien que ce ne soit pas de la SF, ni du fantastique, ni fantasy. Il se rapproche, me semble-t-il, du réalisme magique de la littérature d’Amérique latine.
Une chanteuse de renom fait l’éloge de Proust et de Rimbaud.
Rédigeons un synopsis de La recherche…
« Longtemps, le narrateur s’est couché de bonne heure. Il éprouve des difficultés à respirer et à se souvenir. Il aime sa mère et les madeleines. Il est homosexuel, mais le dissimule ; même sa délicieuse servante en doute. Ses amoureuses, officielles, sont des femmes. Il convoque tous ses voisins ceux qui vivent du côté de Guermantes et ceux à l’opposé. Bien que résidant à Paris, il parle surtout de la province, il s’agit donc d’un écrivain régional. La plupart des personnages décrits sont des imbéciles, sauf Swann, un musicien et un peintre. Proust meurt, heureux d’avoir terminé son œuvre à temps. » Première édition à compte d’auteur.
Dans la foulée, rédigeons un résumé d’Une saison en enfer :
Résumé succinct « Un ado en crise »
Résumé détaillé : « Un ado provoque son entourage, rejette sa famille et refuse de travailler. Il fugue, harangue des artistes qui l’hébergent, se drogue, boit, se réclame de Satan. Il brise un ménage avec enfant en séduisant le mari poète. Fornications, déchéance, tatouages, grimaces, violence, orgueil délirant. En quête d’éternité, il convoque la mer et le soleil et se noie. » Édition à compte d’auteur
La note d’intention. (Si vous ignorez de quoi il s’agit, consulter l’I.A. qui est parfaitement au courant, à croire que…)
1— motivations
2 a — choix artistiques
2 b — choix stratégiques
3 — vision d’un auteur pour son projet
L’objectif : convaincre le récepteur
Voyons, voyons :
1 — Survivre ; investir un nouveau registre : l’étrange ; sauver des personnages ; révéler les coulisses de la création et son devenir incertain.
2a — Osciller entre réalisme et fantasquerie.
2 b — Une écriture inventive, grave, drôle et poétique.
3 — Cet ouvrage refermerait (peut-être) la lutte menée par des artistes dans leurs arts qui apparaissait antérieurement à travers des personnages.
Ces arguments peuvent-ils convaincre les éditeurs ?
Mon précédent roman, 2 dés & l’éternité, mettait en cause ce milieu. Maladroit et suicidaire de ma part. Cependant, une éditrice l’accepta et rédigea une quatrième de couverture dithyrambique.
Le dernier : « Fragments multicolores » fut retenu par une nouvelle maison pour son écriture et son aspect « baroque ». Sa dépendance par rapport à Amazone m’incita à refuser. Une Maison suisse en souligna les mérites, tout en demandant des modifications que j’estimais judicieuses. Hélas, ces changements n’ont pas abouti à un accord final : pas de précisions à ce sujet.
Je croyais connaître les coulisses de ce monde, mais j’apprends encore et encore, c’est accablant et… (à vous de compléter : je vis déjà bien trop dangereusement.)
L’I.A. me propose son aide. Je refuse. Je veux être éditée [et aimée] pour moi-même.
NB – Une amie l’a utilisée afin d’améliorer une photo me représentant derrière mes livres : je suis encore plus grimaçante et… mon nom figurant sur mes livres a changé ! ?