Aventures en Périgord noir

Voici comment et pourquoi j’arpentais, successivement, une route, un désert, une forêt : j’y rencontrai un géant, une farfadette, des djinns, des humains, un ange, ce au milieu de jarres, de livres et de rêves.

Un homme grand, filiforme à longue barbe pointue en forme d’arbre de Noël inversé m’ouvrit la barrière. J’errai dans des contrées boisées pour parvenir sur une immense agora où j’installais mes ouvrages.

Quelques rares visiteurs franchirent les portes dont une femme qui courrait en psalmodiant : « Je cherche des polars basiques. »

– Vous trouverez sans peine ! Une pandémie de basique se répand sur tous les genres littéraires, si j’en juge par les 4e de couverture (résumé) et les jaquettes.

Tout au contraire, une visiteuse s’attardait à chaque stand : attentive et bienveillante. Combien de temps pour parvenir jusqu’à moi ? Avant ce soir ? Demain peut-être… Sans doute une ethnologue qui réalisait une étude en immersion sur la tribu des humanolivres. Lorsqu’elle arriva enfin, j’étais si abattue que je bafouillais, atteignant un sommet de confusion en présentant « Le livre à l’envers ». Un livre subtil et complexe, j’en conviens : titre et couverture en témoignent. C’est celui qu’elle prit ! Qu’elle en soit remerciée.

Plus tard, une dame se planta devant moi. Tandis que je parlais, elle se dandinait : c’était embarrassant, néanmoins je poursuivis.

– J’ai envie de faire pipi, déclara-t-elle.

Obligeamment, je lui indiquai l’endroit approprié.

– Je sais, répondit-elle.

Elle partit en sens inverse.

Celle-là, on ne me l’avait encore jamais faite !

Ultérieurement, je l’aperçus papillonnant ailleurs. Je l’interrogeai avec mansuétude :

– Tout est sous contrôle ?

Le premier jour, le terrain était désertique, le second désert. C’est alors qu’un ange aux cheveux frisés en forme d’auréole apparut. Percevant mon désarroi, il me réconforta, loua mon charisme et même mon magnétisme. Je lui fis remarquer que ce dernier n’agissait pas. Il me rassura : ça viendra. Mais je n’ai plus beaucoup de temps. Ayez confiance.

Je passai la nuit au fond des bois, entourée de poteries en terre de Zagora. De toutes tailles et formes, aux couleurs  jaune pâle, ocre, orangé, bicolore. Des couvercles coiffaient certains récipients. Je soulevai l’un d’eux, une farfadette en jaillit un sourire espiègle aux lèvres. S’ensuivit une bande de djinns quittant leurs cachettes pour nous escorter.

Elle m’entraîna à l’intérieur d’une grande grande maison. La pièce principale abritait une somptueuse cheminée dans laquelle un feu ronronnait. Une longue, longue table pouvait réunir une trentaine de convives. Dès qu’un regard se posait sur le piano, un demi-queue, il égrénait ses notes. Alors, des enfants jaillissaient des photos encadrées ornant les murs et menaient une joyeuse farandole. Des chiens noirs et blancs, affables, accompagnaient nos déplacements.

Je découvris le maître des lieux installé au coin de la cheminée, pieds nus. Il lisait un livre de la bibliothèque verte, découpant de temps à autre des bouchées de pain qu’il tartinait de fromage. Ses yeux riaient.

Pour étancher ma fatigue, la farfadette déposa sur mes genoux une soupe aux herbes. Elle parlait et rêvait alternativement tout en fixant le lointain, peut-être la terre de Zagora, car j’appris que les poteries provenaient du Maroc, d’un petit village aux portes du désert. Une famille s’y consacrait depuis des générations.

Mais qui les avait apportées ? Les djinns sur des nattes tressées ? Un vent chaud ? Des songes ? L’amitié ?