Épisode dans Albi la rose

J’ai franchi le Tarn vert sur un tapis ivoire, la ville rose en fond. De retour sur mes pas, je grignotai à l’ombre des rondeurs géantes de Sainte Cécile. Je croisai Lautrec qui me gratifia d’un clin d’œil coquin derrière ses lorgnons. Je repris le chemin au-dessus de l’eau jusqu’au pré des corbeaux où se tenait la cérémonie.

Installée derrière mon rempart de livres, j’aperçus des fées blondes et souriantes qui agitaient leur main en chantonnant : je reviens, je reviens. Je les attendis pleine d’espoir. Une seule honora sa promesse, au moment où sa baguette désignait un livre, une jeune sorcière, en robe blanche courte, enlaidie de volants assortis à ses jambes lourdes juchées sur des bottes, l’escamota !

Alors  surgit un chevalier noir : très grand, très maigre. Il entourait son torse squelettique de ses deux bras d’où pendaient des mains osseuses aux ongles vernis noirs comme ses vêtements et ses lèvres. Je réussis à le faire sourire. Ses cils recourbés comme des petites pattes d’araignée ourlaient ses yeux perdus. Sa princesse en tenue sombre recouvert d’un tulle rouge sang ornait ses lèvres d’une moustache et d’une barbe.

Quelques gnomes ou des humains trop tôt posés sur leurs jambes devenues arquées défilaient. Leur passé de bébés me touchait.  À ma gauche, deux fieffés lutins riaient comme des folles derrière leurs livres constellés de bonbons pour appâter les badauds bedonnants qui traînaient là leur dimanche. En vrai, ce n’étaient pas des friandises, mais de la chair d’extra-terrestres : molle et caoutchouteuse. Fort sympathiques, ils me soufflèrent néanmoins quelques lecteurs.

À propos de mes livres d’artiste, j’échangeais agréablement avec deux femmes. La première confectionnait des reliures et mémorisait celles que je présentais. Elle serrait sous le bras un paquet de pâtes. À ce signe, je compris qu’elle ne m’achèterait rien : je la laissais emporter les merveilleuses idées parsemant mon stand. La seconde, enjouée, se nourrissait de couleurs : elle m’offrit son rire.