Méditations sur les torchons et les serviettes
Je me souviens d’un Salon qui accueillait une cargaison d’auteurs descendant de la Capitale. Les organisateurs les invitaient dans un restaurant prestigieux, les écrivains habitant la région avaient le droit de manger leur repas « tiré du sac » hors les murs. Une autrice du cru vociféra pour obtenir l’autorisation de s’abriter à l’ombre du bâtiment. Encore novice, je la trouvais… héroïque !
Les Parisiens, têtes de rien, repartaient vers 15 h pour prendre leur avion. Les autochtones furent priés de remballer vite fait leurs mots et leurs croquenots sans doute glaiseux.
Je me souviens d’un libraire qui organisait des Salons dans la même région. Il invitait « une tête d’affiche » qu’il abreuvait de champagne et de foie gras, le servant avec force courbettes. Les autres plumitifs buvaient une piquette et se tartinaient un pâté des familles. Il encaissait toutes les ventes pour prélever son pourcentage. Mon essai « Vienne le temps… » sur l’œuvre de Léo Ferré venait de sortir, il connut un franc succès. Récupérer la somme qui revenait à mon éditeur et mes droits d’auteur se révéla épique : demandes, rappels, suppliques, menaces et davantage eurent raison de ce vil souteneur.
Au village du livre de la Fête de l’Humanité, les écrivains s’alignaient par ordre alphabétique de leurs noms. Ils se contentaient du même petit espace. L’intermédiaire qui s’occupait du « village » (pas le parti) nous rackettait au même pourcentage : fraternité, égalité.
Début juillet, après des décennies d’expériences (et d’avanies) dans de telles circonstances, je constatais que dans un village jadis fréquenté par Jaurès, homme libre, les « personnalités » ayant publié un ouvrage prenaient leurs aises sous les arbres pour signer, ainsi qu’une librairie, certains éditeurs et des auteurs triés sur le volet (expression découlant de la sélection des graines sur un voile). L’esplanade étant immense, les autres se trouvaient disséminés aux quatre coins au cagnard d’une journée caniculaire.
Les célébrités politiques et autres intervenaient au fil de la journée comme le précisait le programme qui ignorait parfaitement les obscurs, les sans-grades, la valetaille.
Je souhaiterais que les organisateurs lisent et estiment les livres sous couvert d’anonymat. Qui sait si l’on n’assisterait pas à une répartition bien différente ?
NB Compte tenu des indications du texte, trouvez mon stand…
4 Comments
Valentina août 08, 2026 - 13:52
Sortons nos gants de toilette.
arbouge août 08, 2026 - 13:54 – En réponse à : Valentina
Et nos mouchoirs pour éponger nos larmes.
arbouge août 08, 2026 - 13:51
J’essaie de me modérer… mais « mon coeur bave à la poupe ». J’ai lu des « serviettes » célèbres en mon pays, les histoires sont peut-être intéressantes (?), mais c’est le degré zéro du style ! (en toute objectivité).
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Nina août 08, 2026 - 13:46
Loin d’être dithyrambique, ce texte clairvoyant nous ouvre portes et coulisses des « salons » littéraires.
Pas comme Léo contre Vison l’éditeur, mais envers les goulus parigots – têtes de veaux-, affamés de gloriole et de fric au détriment des auteurs.
En cela je te trouve héroïque !
Merci de nous faire partager l’amertume et le ressenti de tes expériences anarcho-poétiques.