Soudain
Sans sommation, des gouttes éparses se transforment en déluge. Les passants en vêtements légers se précipitent sous les stores des boutiques et dans les portes cochères.
Du sol, la pluie rebondit à l’assaut des naufragés.Des bannes, des cataractes dévalent sur tout ce qui dépasse. Les gouttelettes adorent les nuques et les cous bien chauds. Des aventuriers abandonnent le frêle esquif : téméraires, tête couverte d’un journal ou d’un bout de plastique, ils s’élancent entre les flaques. Aveuglées, les voitures projettent la boue du caniveau sur les rescapés. Des adolescents courent en riant. Des enfants sautent à pieds joints dans les mares. L’odeur d’ozone vivifiante et euphorisante se mêle aux effluves pestilentiels des égouts saturés.
Cette averse me retarde, cependant la force de la nature qui soumet la ville m’exalte : je respire large avant de frissonner sous mes vêtements plaqués au corps. Je protège au mieux mon dossier, déjà l’encre de la couverture dégouline.
La pluie s’arrête aussi soudainement qu’elle a commencé. Nos silhouettes détrempées, incongrues, se déplacent d’un pas hésitant.
Le soleil éclate de rire.