Circonvolutions

 « Pluie attendue assez probablement bientôt » précise le bulletin météo de mon téléphone.

Pléonasmes ! Quoique… Je peux en extraire trois indices :

– la pluie n’est pas certaine

– mais vraisemblable

– et ce, dans peu de temps.

Je tente un décalque : Lecteurs espérés, souhaités, dans l’après-midi.

Exaucée, j’expose à grands traits chacun de mes ouvrages, en vain, bien que plusieurs visiteurs louent ma passion, mon engagement, mon lyrisme, mon humour et prennent mes coordonnées.

Mieux vaudrait se taire, ça frise le pathétique et conserver mes signets qui finiront, dès ce soir, dans leurs poubelles.

Bravache, je tiendrai jusqu’à l’apéritif précédé de discours grandiloquents émis, plus ou moins laborieusement, par des notables à propos de l’importance de la lecture. Bien entendu, ils ne regarderont ni les livres ni leurs auteurs.

Un visiteur que je connais : il a travaillé quinze ans dans le bourg où je me ravitaille, m’interroge longuement avant de me délaisser. Tout à coup, je me souviens qu’un de mes textes se situe justement en ce lieu, j’aurais dû le lui montrer ! Je l’aperçois dans un recoin du Salon : je bondis livre en main et le brandis sous son nez, fière de sa belle couverture et de son prix de 16 €. Il m’interrompt.

– J’y ai travaillé, mais je n’en étais pas originaire.

(Olibrius de bas étage, Béotien patenté, Analphabète gominé, Illettré bedonnant, Ignorant invertébré…)

– Peut-être une prochaine fois, me dit-il, pris de pitié.

Je grommelle, in petto : cent dix kilomètres, trajets de nuit, location du stand, rebuffades, non-échanges, vague promesse… que le diable me dissuade de revenir.

Avant, je vendais mon âme, désormais je la brade !