Circonvolutions
« Pluie attendue assez probablement bientôt » précise le bulletin météo de mon téléphone.
Pléonasmes ! Quoique… Je peux en extraire trois indices :
– la pluie n’est pas certaine
– mais vraisemblable
– et ce, dans peu de temps.
Je tente un décalque : Lecteurs espérés, souhaités, dans l’après-midi.
Exaucée, j’expose à grands traits chacun de mes ouvrages, en vain, bien que plusieurs visiteurs louent ma passion, mon engagement, mon lyrisme, mon humour et prennent mes coordonnées.
Mieux vaudrait se taire, ça frise le pathétique et conserver mes signets qui finiront, dès ce soir, dans leurs poubelles.
Bravache, je tiendrai jusqu’à l’apéritif précédé de discours grandiloquents émis, plus ou moins laborieusement, par des notables à propos de l’importance de la lecture. Bien entendu, ils ne regarderont ni les livres ni leurs auteurs.
Un visiteur que je connais : il a travaillé quinze ans dans le bourg où je me ravitaille, m’interroge longuement avant de me délaisser. Tout à coup, je me souviens qu’un de mes textes se situe justement en ce lieu, j’aurais dû le lui montrer ! Je l’aperçois dans un recoin du Salon : je bondis livre en main et le brandis sous son nez, fière de sa belle couverture et de son prix de 16 €. Il m’interrompt.
– J’y ai travaillé, mais je n’en étais pas originaire.
(Olibrius de bas étage, Béotien patenté, Analphabète gominé, Illettré bedonnant, Ignorant invertébré…)
– Peut-être une prochaine fois, me dit-il, pris de pitié.
Je grommelle, in petto : cent dix kilomètres, trajets de nuit, location du stand, rebuffades, non-échanges, vague promesse… que le diable me dissuade de revenir.
Avant, je vendais mon âme, désormais je la brade !
3 Comments
Emma mai 05, 2026 - 08:19
Je t’admire de continuer ! Je n’ai pas ton talent ni ta force ; j’écris pour le plaisir de soi, pour continuer de faire travailler l’esprit, la mémoire, notre cerveau et la magie des mots ! j’imprime moi-même des recueils et j’offre même si j’ai arrêté depuis des mois, plus de motivation dans la mesure où la poésie n’intéresse personne ! mon blog me suffit largement pour partager entre aminautes.
arbouge mai 05, 2026 - 08:18
J’ai sensiblement la même attitude en ce qui concerne mes poèmes.
Pour le reste, je suis écrivain, j’ai consacré toute ma vie à l’écriture renonçant à une vie normale pour me transformer en scribe. J’écris pour être lue et mes éditeurs l’espèrent aussi.
J’évoque souvent les Salons, car j’en fais beaucoup et j’essaie d’une part de rentrer dans mes frais : routes, stand, hôtels (parfois, là c’est le déficit assuré) et d’autre part pour partager.
Je suis allée au Salon des éditeurs indépendants à l’espace des blancs manteaux à Paris en septembre pour faire connaissance avec ma nouvelle éditrice. Là, je savais que ce serait à perte : c’était un choix.
Bientôt, nous serons remplacés par l’I A, mais tant que j’utilise l’I H, l’intelligence humaine je tente de faire reconnaître mon travail à la suite d’Offenbach, Balzac et tous les autres.
Je ne veux pas lasser mes abonnés avec mes lamentations, mais les gens ignorent tout du monde littéraire. Lors d’un dernier Salon, un couple m’a demandé pourquoi je ne passais pas à l’émission de télévision : La grande librairie… J’ai essayé de leur expliquer.
Mon dernier roman : 2 dés & l’éternité met en scène des créateurs qui mènent des actions pour se faire connaître.
Comme disait mon maître : à l’école de la poésie et de la musique, on n’apprend pas, on se bat !
Emma mai 05, 2026 - 08:14
Comme tu l’écris si bien – peu, déjà, aiment et lisent de la poésie, même dans nos familles – il est compliqué pour chaque poétesse, poète, de vendre ses recueils et divers textes, malgré la qualité d’écriture, leur drôlerie, l’humour, le talent, etc.
Pour ma part, la poésie ne peut être que « partagée » et donc « offerte » … et même offerte, elle n’est pas forcément lue.