Angoisse

Dès l’enfance, j’ai ressenti de l’angoisse sans même connaître le terme. Je disposais de celui de « cafard » : avoir le cafard. Expression qui s’appuie sur la couleur de l’insecte et  ses mauvaises fréquentations : les recoins, la nuit.

Dans le long couloir sombre du dispensaire où je naquis, les pas résonnaient dans la lueur bleutée tombant d’une verrière. Tout au bout au-dessus de la porte, un bas-relief en plâtre représentait un enfant ficelé comme une fève indiquant la fonction du lieu. Il m’effrayait.

Déposée dès trois ans à l’école maternelle, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et des cauchemars encombraient mon sommeil. Nous étions parqués tantôt dans la cour, tantôt dans le préau aux bancs de bois alignés. Qu’attendions-nous ? Je ne me souviens ni d’activités ni de jeux. J’en inventai un avec un petit garçon qui le raconta à sa mère qui en parla à la mienne. Celle-ci me secoua violemment par l’épaule.

Première rentrée à l’école primaire, on nous poussa dans différentes salles afin de constituer les classes pour l’année : séparée de la seule gamine que je connaissais, je ressentis tristesse et peur. Je revois le couloir hérissé de patères métalliques.

À dix ans, je fixais éperdument la veilleuse bleue du train qui m’emportait de nuit vers un sanatorium pour un temps indéterminé : une prison ! Uniformes, fouilles, courrier censuré, attente infinie, jours vides.

Au retour, je doutais du réel, je craignais d’être encore là-bas et d’imaginer, une fois de plus, ce retour. Dix fois, je vérifiais la fermeture de la porte et du compteur à gaz. Regard figé, je murmurais : fermé, fermé, fermé.

Certains airs de jazz provoquent en moi un malaise gluant (je ne sais dire lesquels) ils me projettent dans un appartement inconnu, un après-midi de soleil.

Comment rassurer et consoler l’enfant que j’étais ? Comment m’apaiser ?

Photo de classe – École rue des Bois – Paris 19e ( 8 ans 1/2)